Portrait : Félix Guyon et le design de poésie

L’éditrice web de M&D, Claudia Guerra, s’est entretenue avec le designer multidisciplinaire Félix Guyon.

Félix Guyon, des Ateliers Guyon, était dans ma liste des top designers montréalais depuis un moment déjà. Mais, d’un dossier urgent à un timing défavorable, l’entrevue pour faire connaître ce talent québécois s’est fait attendre. Trop. Entre temps, il a été récompensé pour Les Bancs Voiles au prestigieux concours World Interiors News Awards 2015 à Londres, il a collaboré avec Sid Lee pour une exposition itinérante à New York, et a lancé un nouveau projet avec la designer Audrée L. Larose : Larose Guyon (sa copine nous en parle ici !). Tout ça, à partir d’un beau petit village le long du fleuve Saint-Laurent, assez loin des influences qui pourraient le faire bifurquer, assez proche pour rester quand même connecté sur ce qui fait courir la planète design.

De Londres… à Verchères

Il a étudié en France, il a travaillé dans un bureau d’architectes à Londres, il pourrait vivre à New York s’il le voulait. Pourtant, Félix Guyon a choisi de retourner aux sources et nourrir sa créativité à Verchères.

« J’étais très excité à l’époque de Londres… mais j’ai réalisé que les limites sont surtout mentales, elles ne sont pas nécessairement dans la réalité. Quand on s’accorde la possibilité d’aller là où on veut, ce n’est pas si compliqué finalement. J’avoue que j’étais un peu déprimé à l’époque de mon retour à Montréal, parce que j’y avais déjà habité, parce que j’avais le goût d’essayer autre chose, d’aller plus loin, plus haut. J’ai senti aussi que cette course vers l’infini manquait de sens, que c’était courir pour remplir un vide. J’ai eu un petit garçon il y a trois ans et ça m’a rapproché de mes racines. Je suis revenu à Verchères puis j’ai réalisé à quel point que ce que je cherchais toujours plus loin était juste là, en-dessous de mon nez. Je ne peux pas me passer de la culture urbaine, mon travail en dépend et c’est tellement inspirant, mais être ici m’amène un recul et impose une humilité. »

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Du slow design…

De l’humilité, il en faut pour cultiver des rencontres humaines comme le fait Félix Guyon. Car au-delà du choix de matériaux locaux et de fabricants d’ici, qui d’ailleurs ne manquent pas dans le coin, Les Ateliers Guyon impulsent le design local au quotidien.

«Le moment où je le fais le plus, c’est quand je le vis, que je fais affaire avec les gens autour de moi. Chaque fois que j’ai une occasion de dire qui travaille avec moi, je le fais, c’est vraiment important. Même avec Larose Guyon. On vise un marché américain plus anglophone, mais on garde le fait français. On veut qu’il y ait un engouement entre ceux qui le fabriquent et ceux qui l’achètent», poursuit le designer multidisciplinaire.

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En design d’intérieur aussi, ce contact direct et simple avec les clients, qui le choisissent pour l’esthétique ou la fonctionnalité de ses projets, le mène souvent à des belles surprises et d’histoires qui nourrissent sa créativité. «Avant, je travaillais pour d’autres, j’avais l’impression d’être un maillon de la chaîne. J’y trouvais moins mon compte, parce que j’avais l’impression de le faire juste pour l’argent et ça me dérangeait. Maintenant, je rencontre les gens, je vois leurs contentements et leurs inquiétudes, c’est une relation qui se développe ».

…à la poésie

Pas difficile de tout, Félix Guyon choisit ses collaborations selon son emploi du temps. Mais chose certaine, le résultat aura toujours une signature propre. «J’essaie le plus possible d’amener de la fantaisie et de la poésie dans la vie de tous les jours. C’est un peu comme ma mission. Dans tout ce que je touche, j’essaie de surprendre les gens qui ne sont pas nécessairement dans mon domaine. Verchères n’est pas la capitale du design, mais les Bancs Voiles ont fait jaser, les gens sont fiers, il n’y a rien de ce style-là dans le coin. Ça brusque de manière positive leur quotidien, je l’espère».

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Les trois machines inventées pour l’exposition itinérante de l’Art Director Club de New York, qui puise dans l’univers de Jules Verne en est un bon exemple. Larose Guyon également, et sa première collection en cuivre La Belle Époque, qui inspire à la fois douceur et nostalgie. Félix Guyon serait-il un grand romantique ?

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« En travaillant, j’écoute continuellement des documentaires, au lieu d’écouter de la musique. J’avoue en terme cinématographique, j’aime bien ce qui se passe dans des époques antérieures, ça me fait du bien. La vie et la technologique vont tellement vite, il faut se trouver des solutions pour rester groundés et moi j’en ai vraiment besoin. Je ne me lance pas dans le futur, j’ai un pied sur l’accélérateur, mais un pied sur le frein. Un peu comme aujourd’hui, la fin du 19e siècle, c’est aussi le passé et le futur qui se confrontaient ».

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C’est dans cet esprit que Félix Guyon reste en équilibre, entre l’invention… et la réalité. Dépasser les limites sur le plan créatif, garder les pieds sur terre pour en vivre. «Par dessus tout, c’est que j’aime vraiment, c’est d’être à l’atelier, faire des prototypes, de créer mon idée, d’essayer les tolérances des matériaux, de pousser la matière… »

À venir pour Félix Guyon : trois nouvelles chaises suspendues feront partie du décor des bureaux new-yorkais de Squarespace !

Psst ! Notre Directrice design Valérie Morisset s’est rendue à Verchères pour la session photo de la chronique Style Express que vous retrouverez dans notre numéro de février de Maison & Demeure.

 

Auteur:
Claudia Guerra
Source:
V2com et Les Ateliers Guyon (design d'intérieur, portrait)
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