top-imagesarticlecelerie.jpg

Entrevue : Celerie Kemble

Celerie Kemble apporte à ses réalisations un raffinement étonnant pour une designer si jeune. Originaire de Palm Beach, en Floride, cette New-Yorkaise d’adoption à l’esprit vif a importé son style gorgé de soleil. Du Texas à l’Italie, Celerie décore des maisons uniques avec sa mère, la designer Mimi McMakin, fondatrice de Kemble Interiors dans les années 80. Celerie aime les décors audacieux et inspirés, avec de la texture et du vécu. Ouverte d’esprit, elle pratique un design personnalisé, tel un caméléon qui s’inspire de différents styles. Elle est difficile à cataloguer : elle a étudié la littérature à Harvard et fraye avec les milieux philanthropiques, mais est aussi une mère infatigable qui roule en fourgonnette et mélange le lin et le cuir en toute simplicité. Sa collection de similicuirs pour Valtekz témoigne d’un avant-gardisme ardent et d’une passion pour les patines, tandis que sa collection de tissu pour Schumacher reflète son style personnel : une élégance classique avec une touche de modernite.

Maison & Demeure : Comment décririez- vous le style Palm Beach ?

Celerie Kemble : Pour la plupart des gens, il évoque l’extravagance et le mauvais goût, ce qui me semble tout à fait erroné. On dit aussi que c’est un haut lieu du BCBG. En fait, ce qui le caractérise, c’est un sentiment de confiance en soi et de fantaisie, voire d’excentricité. Palm Beach est une ville balnéaire privilégiée où chacun est libre de faire ce qui lui plaît, et le résultat est très ludique.

M&D : En quoi travailler à New York diffère-t-il ?

CK : Ce fut très exaltant de venir vivre ici, après mes études, il y a 16 ans, et cela me stimule toujours. Ici, personne n’est prisonnier d’une image. On se réinvente constamment et on fait partie d’un grand mouvement.

M&D : Comment votre style a-t-il évolué ?

CK : Au début, il faut explorer de nouvelles avenues. Plus on progresse, plus on a tendance à épurer et à nuancer. J’ai toujours perçu mon entreprise comme un service. Je n’ai jamais fait de fixation sur un style précis, puisque je devais avant tout satisfaire mes clients. Cela m’a poussée à apprendre et à apprécier davantage mon métier. Un décor type m’ennuierait à périr. Pour moi, chaque pièce est une nouvelle grille de mots croisés, un problème à résoudre.

M&D : Bien que votre style soit varié, y a-t-il une constante dans vos designs ?

CK : Le confort et la couleur. Même si un client souhaite une palette monochrome, je m’intéresse aux subtilités. La profondeur du design dépend de la richesse des surfaces. J’aime aussi un éclairage ancien, qui donne à une pièce un style haute couture et l’éclat d’un bijou.

M&D : Dans votre nouveau livre, vous vous êtes intéressée aux pièces en noir et blanc.

CK : Oui, je voulais jouer sur les formes en travaillant sans couleur.

M&D : Comment décririez-vous votre propre demeure ?

CK : Exiguë, débordante d’enfants [rires]. Nous habitons New York avec trois enfants de moins de cinq ans. Mon appartement est un capharnaüm, mais c’est un laboratoire ludique où j’entrepose mes achats impulsifs de mobilier. Il est très changeant.

M&D : Vos enfants ont-ils modifié votre conception de la déco ?

CK : Aucun objet n’est trop précieux pour être chez nous, mais nous avons gagné en patine ! Le design, c’est l’art de bien employer ses outils. Les objets fragiles sont dans des endroits moins fréquentés, et j’ai du similicuir là où nos enfants jouent. Je privilégie aussi des matériaux luxueux à la résistance naturelle, comme le parchemin laqué et le chagrin.

M&D : Quel est votre lieu préféré dans l’appartement ?

CK : Ma baignoire, car personne ne m’y dérange. Et mes trois diablotins ressemblent à des angelots lorsqu’ils s’y ébattent.

M&D : Parlez-nous de votre collaboration avec votre mère.

CK : Certaines personnes font tourner les têtes lorsqu’elles entrent dans une pièce. Ma mère est comme ça. Elle trouve la délicatesse et la beauté en toute chose. Elle vous dira que je suis casse-pieds, mais c’est une expérience incroyable de travailler avec elle.

M&D : Elle vous a manifestement beaucoup influencée.

CK : J’ai pris une longueur d’avance en travaillant très tôt avec quelqu’un qui m’aimait et me faisait assez confiance pour que je me lance vite. J’ai pu pratiquer l’aspect le plus difficile du métier. Le design est un service. Quand tout va bien, il n’y a rien de plus amusant, mais quand ça se gâte, c’est éreintant, car on navigue entre le compromis et la déception. C’est un processus coûteux qui n’est pas valorisé, et où l’on doit assumer ses responsabilités. C’est un travail déguisé en art. J’adore le contact avec les autres, ce qui rend les choses intéressantes. Travailler dans mon coin, ça ne me dit rien.

M&D : Un style que vous admirez ?

CK : Celui de mon amie Lela Rose [designer de mode américaine]. Son bon goût est spectaculaire et va au-delà de la mode. Par exemple, elle cuisine très bien. J’admire les gens qui savent insuffler du style à tous les domaines de leur vie, pas seulement à leurs tenues ou à leur déco. Même son écriture est belle.

M&D : Que collectionnez-vous ?

CK : Des objets anciens pour les chambres de mes enfants, comme des cartes du ciel où certaines planètes manquent. J’adore aussi les chapeaux anciens, les grattoirs à allumettes, les seaux à glace et les plateaux. Mon mari collectionne les armures de samouraïs. Leur dorure et leur laque sont remarquables, et certains modèles sont très originaux.

M&D : Où aimez-vous passer vos moments de détente ?

CK : Loin de la frénésie de New York : Palm Beach, les Adirondacks, les Hamptons ou la République dominicaine, verdoyante et luxuriante (nous faisons construire une maison sur la côte nord de l’île).

M&D : Recevez-vous beaucoup à la maison ?

CK : Je n’aime pas les grands dîners, alors je m’en tiens à six convives ; ainsi, tout le monde peut suivre la conversation. Nous organisons aussi de grandes soirées caritatives ou de financement, mais il s’agit plutôt de cocktails avec un but précis.

M&D : Comment aimez-vous dresser votre table ?

CK : Je dispose des objets de collection ou des fleurs basses devant chaque convive, pour animer la table. Rien qui obstrue la vue et pas d’arrangements floraux statiques, car l’uniformité m’ennuie. J’utilise des salières ou des poivrières originales, des seaux à glace pour les fleurs, ou encore du matériel de brasserie vintage. Nos verres ont tous la même couleur, mais se déclinent dans une vingtaine de formes et de tailles, et je les mélange à un service ancien. Mes arrière-grands-parents avaient une manufacture de porcelaine, et j’ai hérité de certains modèles incroyables. J’ai aussi de superbes couverts vintage en lucite améthyste foncé.

M&D : Quels sont vos projets à court terme ?

CK : Une collection de tapis pour Merida, qui sortira au printemps, et une collection de papiers peints pour Schumacher.

M&D : Comment définiriez-vous la beauté ?

CK : La beauté nous fait prendre conscience du caractère éphémère de la vie et de l’importance de profiter de chaque instant. La beauté est authentique et intrigante.

Le top 10 de Celerie
1. Bibelot : Grattoir à allumettes
2. Livre : L’Équilibre du monde de Rohinton Mistry
3. Devise : « Soyez vous-mêmes ; les autres sont déjà pris » – Oscar Wilde
4. Fleurs : Anémones, chardons, dahlias, crosses de fougères
5. Palette : Pastèque et citron vert avec des accents turquoise
6. Aliments : Fromages moelleux et vins avec du corps
7. Chaussures : Toms aux tons d’agrumes
8. Parfum : Orange Blossom de Jo Malone
9. Accessoire : Colliers vintage géants
10. Mobilier : Tout ce qui est en parchemin laqué, chagrin coloré ou bambou ancien.

Mots-clics: