Entrevue : Maxwell Gillingham-Ryan

« Sauver le monde, une pièce à la fois », tel est le leitmotiv d’Apartment Therapy, oscillant entre humour et réalisme. Maxwell Gillingham-Ryan, créateur du populaire site Web, s’affiche comme un militant du style, mais ce New-Yorkais d’origine est aussi un véritable « homme d’intérieurs ». Selon lui, nos espaces de vie devraient être aussi beaux que bons pour nous, ce qu’il a mis en pratique en créant de petits bijoux de demeures pour Sara Kate, sa femme, et Ursula, leur fillette de 5 ans. En 2001, il décide d’offrir des « thérapies » aux maisons, d’où le nom de sa firme. Il propose d’abord ses services à ses amis, puis aux amis de ses amis, etc. Aujourd’hui, Apartment Therapy est une entreprise multifacettes en plein essor, qui reçoit sept millions de hits par mois, ainsi qu’une marque ombrelle sous l’enseigne de laquelle Maxwell a signé trois livres. Son site original a levé le voile sur le design intérieur en faisant découvrir les espaces extraordinaires de gens créatifs. C’est désormais une ressource essentielle qui aborde les thèmes du design, de la technologie, de l’environnement, des enfants et de la cuisine (une grande passion de Maxwell). « On s’intéresse à la maison au sens large », dit-il.

Le top 10 de Maxwell

  • Devise : Ce que vous faites pour votre maison n’est jamais perdu.
  • Designers : Ronan & Erwan Bouroullec.
  • Musique : Louis Prima.
  • Chaussures : Les sabots Dansko noir mat.
  • Livres : La série Millénium de Stieg Larsson et, plus récemment, Bossypants de Tina Fey.
  • Chaise : La chaise Superleggera de Gio Ponti par Cassina.
  • Tapis : Dippy de The Rug Company, dans un rouge rosé.
  • Magasin : La boutique Bonpoint à Paris, dont l’intérieur fabuleux relie les pièces d’un vieil hôtel particulier.
  • Lit : Le Proferia d’Hästens. J’ai dormi dans ce lit pendant un mois, et c’était comme dans un rêve.
  • Objets fétiches : Mes figurines de Tintin et Milou.

Maison & Demeure : Dans un récent billet, vous écriviez : « Mon chez-moi n’est pas un lieu, mais un cheminement. » Expliquez-nous cette belle idée.

Maxwell Gillingham-Ryan : Pour certains, la décoration ou le design d’une maison se réduit à faire des emplettes ou à créer un look figé. On me dit souvent : « J’ai refait mon salon, mais je n’ai pas terminé. Je veux le changer. » Et c’est perçu négativement, comme si l’on exprimait une insatisfaction. Or je crois que nous ne devrions jamais arrêter d’améliorer nos espaces, car on évolue constamment. Le design d’une maison doit refléter cette évolution, et non pas être quelque chose à « réparer » tous les 20 ou 25 ans.

M&D : D’où vient votre intérêt pour le design ?

MG-R : De ma mère artiste, je crois. Il y a vraiment un gène créatif dans ma famille. Moi, c’est le design qui m’a intéressé très jeune. Au début, c’était l’ordre qui m’importait ; maintenant, c’est l’organisation, la santé, la beauté.

M&D : Pouvez-vous savoir où les gens en sont dans leur vie juste en regardant leur intérieur ?

MG-R : Instantanément. Il y a toujours quelque chose d’unique ou de surprenant dans la façon dont les gens vivent. Je peux même savoir si les gens sont heureux ou tristes. Mais lorsque j’ai commencé à faire du design, on me contactait surtout parce qu’on avait besoin d’aide.

M&D : Après avoir vu tant de maisons, qu’est-ce qui vous frappe ?

MG-R : On pense souvent que la maison des autres est plus belle que la nôtre. On voit des gens très bien habillés dans la rue, alors que leur intérieur est plutôt modeste. La mode est plus ostentatoire.

M&D : Avez-vous étudié le design ?

MG-R : J’ai étudié les arts au secondaire et à l’université, mais j’ai toujours voulu faire du design dans un contexte commercial. J’ai d’abord travaillé 6 mois dans une compagnie de design intérieur, mais je suis parti, car je n’aimais pas l’accent mis sur les apparences. On faisait de jolies choses, mais pas nécessairement agréables. J’étais très idéaliste à cet âge, alors je suis devenu enseignant au primaire, un métier que j’ai exercé 7 ans.

M&D : Votre site se consacre maintenant aussi à la nourriture, au développement durable, aux enfants et à la technologie. Pensiez-vous qu’il prendrait un tel essor ?

MG-R : Oui, j’ai toujours prévu de toucher à tous ces thèmes. Lorsqu’une cuisine n’est pas utilisée, cela se sent ; elle n’est pas chaleureuse. Même une odeur de pain grillé peut aider. Lorsque les enfants abîment tout, on cherche une solution. La technologie et un mode de vie écologique méritent aussi notre attention. J’aimerais toucher au jardinage et à la rénovation, deux activités se rapportant à la maison.

M&D : La personne ordinaire est-elle devenue le nouveau décorateur-vedette ?

MG-R : Je crois à cette influence ; si vous aimez le style de quelqu’un, tant mieux. Tout le monde a quelque chose à offrir. J’ai été surpris d’apprendre autant en visitant les maisons des gens. Ces idées et ces astuces, je les ai par la suite proposées à des clients. Cela ouvre davantage de portes. Vous pouvez vous inspirer d’un designer célèbre qui fait des choses remarquables, mais un couple de Los Angeles travaillant dans le graphisme
et le design peut accomplir des choses tout aussi exceptionnelles.

M&D : Décrivez votre style.

MG-R : J’aime à penser que je suis moderne, mais je constate que notre mobilier mélange le traditionnel et le moderne. C’est éclectique. J’aime les tissus, les couleurs et les papiers peints modernes ; c’est plus simple, plus net, plus léger. Mais j’apprécie aussi le travail artisanal sur le mobilier ancien en bois.

M&D : Êtes-vous collectionneur ?

MG-R : J’adore collectionner les horloges murales, si intéressantes et si pratiques. En fait, j’avais du mal à être à l’heure. Un thérapeute m’a dit que je devais être plus conscient de ce problème. Alors, j’ai acheté plusieurs horloges.

M&D : Quel est votre style préféré pour une pièce ?

MG-R : J’aime un intérieur traditionnel ancien décoré de mobilier moderne. Je sais que c’est très européen. Nous n’avons pas beaucoup d’intérieurs comme cela ici, mais j’adore le contraste, l’éclectisme et la connexion historique entre ces deux tendances.

M&D : Votre soirée idéale ?

MG-R : Je fais garder ma fille et je rejoins ma femme après le travail. On va dans un petit restaurant de Bedford Street, ’Ino, et on y reste des heures. C’est un petit bar à vin au menu limité, mais c’est toujours délicieux, abordable et chaleureux.

M&D : Quel designer admirez-vous le plus ?

MG-R : Difficile à dire… La compagnie canadienne Castor, très originale, incarne pour moi une référence essentielle en design. Dans un registre plus traditionnel, j’aime le travail de Ronan et Erwan Bouroullec : leur style, ce qu’ils font, la façon dont ils s’habillent et abordent leur vie. Et Barbara Barry. Ce qu’elle fait est très élégant et plein de grâce.

M&D : Qui suivez-vous sur Twitter ?

MG-R : Christiane Lemieux de DwellStudio, Tina Roth Eisenberg de Swiss Miss, Nick Denton de Gawker. Et Jason Kottke, un des premiers blogueurs non commerciaux sérieux.

M&D : En tant qu’expert des petits espaces, avez-vous quelques trucs ?

MG-R : Ce n’est pas amusant, mais renoncer à quelques objets est une technique très libératrice. Il est bon que votre maison respire, et cela ne peut se produire qu’en faisant le vide.

M&D : D’autres astuces ?

MG-R : Enlevez les portes entre les pièces et dans les chambres. Remplacez celles des placards par des rideaux ; la toile de coton devient un mur blanc qui ouvre l’espace. Essayez les portes coulissantes. Le contraste entre des planchers foncés et des murs pâles atténuera la présence des murs, et un plafond d’un blanc éclatant, plus pâle que les murs, créera une expansion verticale. Cela dit, l’éclairage reste la meilleure manière d’agrandir une pièce ; ayez toujours trois sources de lumière dans la pièce et utilisez-les toutes.

M&D : Avez-vous nouveau livre en route ?

MG-R : Je commence juste à travailler sur une ébauche. Mon inspiration est Terence Conran qui, dans ses livres sur la cuisine et les cuisines, passait allègrement du design à la gastronomie. La barre est haute. Je risque de digresser aussi et de parler de l’importance de la nourriture et de la cuisine pour une maison.

M&D : Complétez la phrase « Je suis au comble du bonheur lorsque… »

MG-R : Je me réveille d’une sieste le dimanche après avoir travaillé fort dans la maison pendant le week-end et je sens que la maison est à son summum, prête pour la semaine à venir.

Photographe:
Portrait tiré du livre Apartment Therapy’s Big Book of Small, Cool Spaces de Maxwell Gillingham-Ryan.
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