Portrait
Kristine Moran : l’artiste canadienne qui réinvente paysage, couleur et abstraction
Publié le 18 juin 2026

La carrière ambitieuse de Kristine Moran en tant que peintre s’étend de l’abstraction à la figuration en passant par le paysage, le tout caractérisé par son coup de pinceau affirmé et son utilisation audacieuse de la couleur. S’inspirant de l’histoire de la peinture, l’artiste canadienne réinterprète les traditions modernistes avec une sensibilité contemporaine qui lui est propre.
Ses compositions se caractérisent par une utilisation assurée de la couleur, une superposition expressive de formes géométriques et une attention toute particulière portée à la texture : des coups de pinceau denses et opaques coexistent avec des couches sèches et translucides qui laissent apparaître des traces de la sous-couche, conférant à son œuvre une impression de profondeur, de mouvement et de matérialité. Kristine s’inspire de rituels personnels pour façonner ses récits picturaux, mêlant des références à l’histoire de l’art à un talent narratif indéniable.
Découvrir ses œuvres ici-bas.
Extrait de la série « Madcap Swimmers », *Utopias Come in Waves* (2020).
L’une des séries les plus emblématiques de Kristine, « Madcap Swimmers », est venue de sa pratique de la natation de longue distance. Ici, Kristine superpose des formes interchangeables pour construire des compositions rythmées qui oscillent entre figuration et abstraction. La répétition des bonnets de bain noirs des nageurs crée une cadence à travers toute la série, un clin d’œil subtil aux peintures de Frank Stella de la fin des années 1960. Kristine explore les relations spatiales changeantes des formes en mouvement, et la couleur joue également un rôle central dans la création de cette tension énergique, faite de va-et-vient, au cœur de chaque composition.
Son apparition en 2017 a coïncidé avec une période de transition, alors que Kristine se préparait à un voyage d’un an en voiture à travers l’Amérique du Nord avec sa famille. Les nageurs sont devenus un motif récurrent — un emblème du mouvement, de l’endurance et de la persévérance.
Extrait de la série *The Theater of All Possibilities*, *The Dance* (2022). 72″ x 60″.
Dans sa série suivante, *The Theater of All Possibilities*, Kristine a fait évoluer ces figures vers des formes plus narratives et figuratives. Vêtus de combinaisons de plongée épurées, les nageurs poursuivent leur propre quête utopique, s’adonnant à l’art, à la danse, au jeu et à la performance. Leurs silhouettes sont peintes avec un contraste dynamique entre de larges coups de pinceau changeants, des courbes douces et des angles marqués.
Cette série met en avant non seulement le talent de peintre de l’artiste, mais aussi son engagement profond dans l’histoire de l’art, notamment à travers les célèbres danseuses de Matisse et des références au cubisme.
Healing waters (2024). 72″ x 60″
Le chapitre suivant de la carrière de Kristine s’est déroulé à Bordeaux, en France, où une routine quotidienne consistant à se promener dans les jardins publics a redéfini son approche du paysage. Immergée dans son environnement, elle a développé une série de peintures abstraites et lumineuses, ancrées à la fois dans l’observation et l’invention. Tout en parcourant les parcs et les jardins, elle réalisait des dessins au trait rapides, presque automatiques, qu’elle reprenait ensuite dans son atelier. Au fil du temps, elle s’est affranchie de toute référence géographique précise, laissant chaque peinture émerger comme l’expression abstraite d’un espace idyllique. Cet acte de déconstruction et de réinvention de la nature reflète son intérêt constant pour ce qui se cache sous la surface.
Depuis son retour au Canada et son installation à Owen Sound, en Ontario, Kristine a poursuivi sa pratique en mouvement, dessinant tout en marchant le long du rivage et à travers les jardins locaux, inspirée par la lumière changeante et les formes du paysage canadien. Bien que la baie Georgienne serve souvent de source d’inspiration, ces peintures résistent toujours à une représentation directe. Des éléments familiers — sentiers, arbres, falaises — sont transformés et réassemblés en de nouvelles compositions qui se situent quelque part entre la mémoire, le lieu et l’imagination.
Les arcades apparaissent comme l’une des rares formes récurrentes et reconnaissables, symbolisant la transition et le passage. Kristine explique que l’arcade agit « comme un portail vers quelque chose de plus grand mais d’éphémère. Cela reflète ma vie et mon travail : une quête permanente de quelque chose qui est juste hors de portée, quelque chose qui n’est pas encore connu. »
L’artiste Kristine Moran
Kristine est titulaire d’une maîtrise en beaux-arts de l’université OCAD et d’un master en beaux-arts du Hunter College, à New York. Ses œuvres figurent dans des collections telles que celles du Buffalo AKG Art Museum, du Glenbow Museum, de l’université de Toronto et de la Tom Thomson Art Gallery. Elle a exposé au Canada, aux États-Unis et en Europe. Les œuvres de petit format sur papier de Kristine sont proposées à environ 3 000 dollars ; les peintures de grand format dépassent les 25 000 dollars.
Kristine est représentée par la galerie Daniel Faria à Toronto. Elle a récemment participé à une exposition collective à Art Windsor-Essex. Son travail sera également présenté par la galerie Daniel Faria lors de Plural, la foire d’art contemporain de Montréal, ce printemps.
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